Je me suis toujours souvenue de mes rêves, d'aussi loin que je me rappelle. Petite, je les racontais à ma mère, lors du petit déjeuner avant d'aller au collège. Ado, je les racontais à mes amies
d'internat, au lycée. En prépa, ma co-chambreuse les a aussi entendus. Et mon colloc' de Lille a bouffé mes rêves pendant quatre ans.
Ma mère ne m'a pas incitée à les lui raconter, mais je la soupçonne d'avoir un peu voulu analyser mon inconscient. Ou subconscient, je ne sais plus. Freud tout ça. Ma mère a fait des études de
psycho, ceci explique peut-être partiellement cela.
J'ai toujours été un peu épatée par la capacité de mon cerveau à se souvenir de mes virées nocturnes. Quand je parlais de mes rêves, les gens, en général, me disaient ne se souvenir que rarement
des leurs, et, souvent, davantage de leurs cauchemars que de leurs rêves.
Le matin, je me souviens pour ainsi dire toujours d'au moins un de mes rêves. Ou une bribe, un morceau volé. Mais ce n'est pas évident de reconstituer la totalité du rêve : les scènes
s'enchaînent souvent sans queue ni tête, j'ai des trous aussi. Mais j'ai toujours en tête, quand j'émerge de ma couette, un morceau de rêve suspendu à mon oreiller. Un visage, souvent. Un
endroit, connu ou pas. Une lumière, souvent aveuglante.
J'ai remarqué que je me souviens davantage de mes rêves si j'ai été réveillée, volontairement ou pas, au petit matin, quand la lueur du jour perce. Et qu'ensuite je me suis rendormie, ce qui
souvent occasionne l'oubli total de mon rêve. Je pourrais me réveiller davantage, sortir de ma torpeur, et noter dans un coin de cahier quelques mots, mais je suis une amoureuse de mon lit, et le
sommeil souvent l'emporte. Je n'en garde alors, dans ces cas si fréquents, qu'une saveur.